Prestations intellectuelles en France en 2021 (2,5 milliards euros)

Prestations intellectuelles en France en 2021Prestations intellectuelles en France en 2021 : l’Etat a dépensé 2,5 milliards d’euros en achats de prestations intellectuelles.

Pour la première fois, un organisme officiel a pu établir le chiffrage exact des dépenses en consultants de l’Etat. Dans un rapport rendu en janvier 2023, l’Inspection générale des Finances chiffre à 2,5 milliards d’euros les achats en prestations intellectuelles au niveau des ministères. Un chiffre en hausse de 329 % par rapport à 2015.

On s’en souvient, la polémique sur un recours massif aux cabinets de conseils par l’Etat a rythmé la dernière campagne présidentielle. À la suite d’une première enquête parue dans « l’Obs » dès juin 2021, suivie des conclusions accablantes rendues par une commission d’enquête sénatoriale en mars 2022, le gouvernement avait eu bien du mal à justifier des dépenses exorbitantes. Mais, à l’époque, aucun recensement exhaustif de ces prestations intellectuelles – que ce soit en stratégie, en management, en informatique, en communication, ou en conduite du changement – n’avait jamais été réalisé par la puissance publique. Il avait fallu s’en remettre à des évaluations parcellaires et à des estimations. D’où une querelle de chiffres.

Des milliards dépensés pour se substituer à l’Etat : enquête sur la République des consultants ( Prestations intellectuelles en France en 2021 )

Une addition « faramineuse » selon le Sénat

Aujourd’hui, l’Inspection générale des Finances rend son verdict. Dans un volumineux rapport de 493 pages daté de janvier dernier, elle chiffre très précisément les dépenses en prestations intellectuelles à « 2,5 milliards d’euros en 2021, contre 764 millions d’euros en 2015 », soit une augmentation colossale de 329 %… Très très loin des « 140 millions d’euros » de dépenses annuelles pour les ministères annoncés par l’ex- ministre de la Transformation et de la Fonction publiques, Amélie de Montchalin, en janvier 2022. Dans ses conclusions, le Sénat dénonçait, lui, une addition « faramineuse » dépassant le « milliard d’euros », tandis que le livre-enquête journalistique « les Infiltrés », qui avait prolongé le travail paru dans « l’Obs », avançait « une fourchette de 1,5 à 3 milliards d’euros. »

« Les Infiltrés » : révélations sur l’emprise des cabinets de conseil sur l’Etat

L’Inspection générale des Finances souligne que, parallèlement à cette explosion des dépenses de conseil, la masse salariale de l’Etat n’a augmenté que de « 2 % en moyenne par an ». Concrètement, cela signifie que les gouvernements successifs ont préféré faire massivement appel à des prestataires privés plutôt que de recruter des fonctionnaires. Les services publics y ont-ils pour autant gagné en qualité ? Cela n’a rien d’évident à en croire deux études d’opinion datant de 2018 et 2019, réalisées par les instituts BVA et IPSOS. Leurs conclusions sont identiques : les Français déplorent une lente et implacable dégradation de la qualité de leur administration.

Consultants en stratégie et communication

Parmi les achats en conseil, certaines hausses sont proprement vertigineuses. Ainsi, le recours aux consultants en stratégie (McKinsey et autres cabinets) a été multiplié par plus de 10, soit un bond de 1 100 %, passant de 10,4 millions d’euros en 2015 à 128,9 millions en 2021. La facture en matière de communication suit une courbe tout aussi stratosphérique (+ 1 900 %) avec 112,2 millions de dépenses en 2021, contre 5,5 millions en 2015. Quant aux dépenses en prestations intellectuelles informatiques trustées par Capgemini, Soprasteria, ou Accenture, elles atteignent 1,5 milliard d’euros.

Après avoir longtemps nié ce recours abusif aux consultants, le gouvernement a cependant décidé de baisser la voilure en 2022. Résultat : les dépenses en conseils les plus stratégiques dans les ministères ont été effectivement réduites « en moyenne de près de 35 % par rapport à 2021 » constate l’Inspection générale des Finances. Sur 17 ministères, 12 ont joué les bons élèves. D’autres en revanche ont encore des progrès à entreprendre, à l’image du ministère du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion qui a vu sa facture en consulting augmenter encore l’an dernier de plus de 55 %…

Une mission « Justice » inutile (Prestations intellectuelles en France en 2021)

Un autre ministère se fait épingler par l’Inspection, celui de la Justice. Les rapporteurs soulignent que deux prestations confiées à des cabinets externes auraient parfaitement pu être réalisées en interne. En particulier une mission sur l’organisation des « extractions judiciaires ». Le marché passé avec le cabinet Ernst & Young se chiffre à 324 000 euros. Alors que l’Inspection générale de la Justice avait déjà produit, à la demande du cabinet du ministre, trois études en 2012, 2016, et 2021 sur le même thème. Une dépense tout à la fois coûteuse et inutile.

Des efforts sont donc encore à réaliser, particulièrement en matière d’informatique. Un domaine où durant de nombreuses années, les sociétés de consulting ont eu table ouverte dans les ministères, sans que leurs interventions ne soient réellement contrôlées. Dans une circulaire récente, la Première ministre Elisabeth Borne le reconnaît d’ailleurs : « Les prestations intellectuelles informatiques » ne faisaient jusqu’à présent l’objet d’aucun « suivi » particulier. Elle souhaite donc redéfinir « les objectifs et les modalités de mise en œuvre de la stratégie des achats informatiques de l’Etat ». Car des centaines de millions d’euros ont été dépensées annuellement, parfois en pure perte. A l’image du projet SIRHEN qui était censé regrouper en une seule application, la paie, la formation, l’avancement de tous les professeurs de l’Education nationale. Abandonné en 2018, il aura coûté au total 350 millions d’euros sans avoir jamais fonctionné. Et SIRHEN est loin d’être un exemple isolé. Dans la défense, la justice ou la police, la numérisation des services de l’Etat s’est souvent révélée catastrophique, avec, à chaque fois, des consultants extérieurs à la manœuvre.

Elisabeth Borne entend donc renforcer le pilotage des projets pour ne pas laisser les mains libres aux intervenants extérieurs. Pour ce faire, des seuils maximums d’externalisation sont fixés : « à plus de 60 % le projet doit être considéré à risque ». Et « au-delà de 80 % », il ne peut tout simplement pas « démarrer ». Radical ! A la condition que ses recommandations soient réellement appliquées. Au vu des budgets ministériels dévoilés par l’Inspection générale des Finances, des dizaines, voire des centaines de millions d’euros pourraient, en effet, être économisés.

Source : l’Obs – Matthieu Aron et Caroline Michel-Aguirre , « les Infiltrés, comment les cabinets de conseil ont pris le contrôle de l’Etat » , éditions Allary, février 2022.

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